La cartographie, entre science, art et manipulation
Le géographe Philippe Rekacewicz, responsable depuis 1996 de la cartographie du programme des Nations unies pour l'environnement, cartographe du Monde diplomatique, expose ici les enjeux de son métier.« C’est inacceptable ! Monsieur le président, je refuse que nous poursuivions si nous devons garder comme base de travail le document que vous venez de nous soumettre ! » Nous sommes à Prague, en 2002, à la fin d’un forum économique international sur la gestion de l’eau en Eurasie. Le représentant azerbaïdjanais vient de découvrir une carte du Caucase dont les frontières laissent penser que le Haut-Karabakh – objet d’une guerre meurtrière entre Azerbaïdjanais et Arméniens – est rattaché à l’Arménie. Or Bakou le considère comme un territoire occupé faisant partie intégrante de l’Azerbaïdjan et juge illégitime toute autre représentation que celle-ci.
On aurait pu en rester là. Le président de séance proposa même
d’interrompre la conférence, le temps de faire disparaître le
document. C’était compter sans la repartie fulgurante de la partie
adverse : la représentation arménienne, elle, refusait qu’on y change
ne serait-ce qu’une virgule. Dans ces cénacles pourtant peu
coutumiers de tels débordements, injures et hurlements commencèrent à
pleuvoir sur le président, accusé, avec son organisation, de prendre
injustement parti, et prié de chercher rapidement un autre travail.
Il fallut de longues heures pour ramener le calme, et quelques coups
de correcteur blanc sur les frontières avant de réimprimer la carte
et de poursuivre les travaux...
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