BD Nord n°93

Et bien dansez, maintenant !


Le hip hop, ou la danse de rue éducative



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Au 139 de la rue des Arts (cela ne s'invente pas !), à Roubaix, à deux pas du Colisée et du musée d'art et d'industrie (la célèbre "Piscine"), se tient le siège de l'association "Dans la rue la danse", association dirigée par Frédéric Tribalat, instituteur mis à disposition.

De maître d'école à maître de ballet, il n'y a qu'un pas, que cet enthousiaste a franchi sans hésitation.

On se croirait presque, en entrant dans ce sanctuaire du hip hop, dans une scène de West Side Story : escaliers métalliques, murs de briques. Pour peu, on s'attendrait à entendre les claquements de doigts précédant la fameuse scène où deux bandes rivales s'affrontent dans un ballet frénétique réglé au cordeau. Ici, point de tutus ou de danse classique, ce qui ne signifie aucunement, on le verra plus loin, que nous sommes chez des danseurs de banlieue. Nous sommes dans le temple de la danse de rue, installé dans l'ancienne filature Roussel, dont le rythme des machines a été remplacé par celui du breaking et du popping (mouvements saccadés et acrobaties au sol).

L'association a vu le jour en 1987 et compte plus de 200 élèves.

Son directeur m'explique qu'il a eu la révélation en 1983, alors qu'il exerçait encore les fonctions d'animateur de rue. Son parcours, ajoute-t-il, tient du rêve éveillé. Toujours à l'affût de nouveaux talents, il vise un objectif d'excellence hautement éducatif. Il précise que l'ambition du hip hop n'est pas de rester cantonné à la rue, mais de se montrer sur scène, comme dans tout domaine artistique. Là encore, l'exigence du pédagogue est embusquée derrière l'activité proprement dite.

Frédéric Tribalat me présente trois de ses poulains : Anissa T., élève du lycée Baudelaire, Moncef B., du lycée Turgot, et Martin D., qui fréquente le collège privé de Marcq-en-Barœul ; trois personnalités totalement différentes, trois parcours différents, mais une seule passion, guidée par le souci, voire la philosophie de la non-violence et du respect de l'autre. Chez ces danseurs, pas d'insultes, pas de vulgarité, pas de drogue, pas de racisme, conformément à la volonté du fondateur du hip hop, connu sous le pseudonyme de Bambaataa. Ici, l'affrontement est esthétique, sportif. Seul(e) le ou la virtuose sort vainqueur de ces tournois appelés "tremplins", où six finalistes se rencontrent après l'élimination de dizaines d'autres concurrents. Il y a quelque chose de la comedia del arte dans cette discipline exigeante : le côté spectaculaire, l'importance du regard et de l'expression.

Frédéric Tribalat tient à préciser que l'on est, chez lui, plus dans le social que dans l'art proprement dit. On le sent très fier d'avoir souvent remis dans le droit chemin des jeunes qui partaient à la dérive. On le sent désireux que nombre d'entre eux puissent un jour devenir professionnels. C'est sans doute un utopiste, un rêveur, mais, des directeurs de compagnie tels que lui, bien des aspirants danseurs aimeraient en avoir. Il suffit de voir avec quels yeux admiratifs nos trois jeunes l'écoutent parler pour en être convaincu.

Que de chemin parcouru en quelque vingt années ! Que d'obstacles vaincus, que de pesanteurs administratives surmontées, que de pédagogie déployée sans que cela rime avec démagogie !

Nous souhaitons bon vent au capitaine de ce beau navire et à son association. Et puissent ses élèves, comme il le souhaite, devenir un jour chorégraphes.


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