BD Nord n°99

Accueil et scolarisation des élèves handicapés


La loi du 11 février 2005 a réaffirmé le droit des élèves handicapés à être scolarisés dans l'école ou l'établissement de proximité, désigné comme établissement de référence. L'école doit leur permettre de vivre et d'apprendre au sein de la communauté scolaire, de développer des relations sociales adaptées et de construire progressivement leur exercice de la citoyenneté. Cette priorité de l'Education nationale nécessite la mobilisation de l'ensemble des acteurs.

Les exemples ci-dessous montrent cette volonté de développer une école réellement inclusive dans notre département.




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Grandir ensemble au collège M. Schumann de Pecquencourt

Depuis la rentrée 2004, le collège Maurice Schumann de Pecquencourt accueille des élèves en situation de handicap moteur qui profitent du dispositif UPI (Unité pédagogique d'intégration).

Cette intégration totale dans les classes, en adéquation avec la loi de février 2005, place les élèves au cœur du système. L'objectif est de les rendre autonomes, tout en tenant compte des handicaps, afin qu'ils puissent évoluer au mieux dans l'établissement. Le quotidien de ces 9 élèves un peu différents permet de porter un regard sur leur vie au sein du collège. Cette scolarisation modifie notre vision de l'autre, nous remet en question sur notre fonctionnement, notre organisation.

Evolution des mentalités

Ces jeunes suscitent un réel questionnement :

  • de la part des enseignants : "Comment s'y prendre ? Faut-il adopter une autre pédagogie, de nouvelles méthodes de travail ? Comment les évaluer sans fausser la réalité, tout en tenant compte de leurs difficultés ?" De nombreuses initiatives sont prises. Par exemple, pour faire face aux absences, une expérience nouvelle est mise en place : l'envoi des cours ou des exercices par mail.
  • de la part des autres élèves : Quel regard ? Quelle attitude avoir ? Questions qui disparaissent dès que les liens se tissent. La classe, unité de vie citoyenne, offre un cadre éducatif pour parler du handicap et de ses conséquences. Elle s'enrichit de l'expérience de l'entraide : des tutorats naissent spontanément, des amitiés se nouent… Des propos relevés ça et là témoignent de ces formes de reconnaissance. Au cours d'une séance de sport adapté, où les élèves valides et handicapés sont en fauteuil roulant, on a pu entendre : "Etre en fauteuil, c'est marrant un moment, mais j'aimerais pas y être tout le temps". Ou encore, une interpellation envers une jeune qui faisait quelques pas hors de son fauteuil : "Tiens, tu sais marcher ! Pourquoi tu marches pas au collège ? ...Parce que les distances sont trop longues et j'ai peur d'être bousculée ; à la maison, je marche".

Les élèves handicapés eux-mêmes doivent faire face aux difficultés de l'intégration, accepter de se laisser aider, et être disponibles pour s'ouvrir au mode relationnel du collège. Ils ont souvent du mal à mettre des mots sur ce qu'ils ressentent. Tout est mis en œuvre pour leur permettre de s'épanouir en tant qu'adolescents au milieu des autres, même si dans le concret de la vie, aller seul au milieu de la cour reste souvent une gageure. Par inquiétude ? Par peur d'affronter le regard des autres ?

Mais les réussites apparaissent, les volontés de s'engager s'affirment, c'est ainsi qu'une élève handicapée a été élue déléguée de sa classe de 5e.

Travail en partenariat

Les parents des élèves de l'UPI sont souvent angoissés par cette nouvelle étape. Les questions, lors des premières réunions, sont nombreuses. Ils ont besoin de se rassurer sur les capacités de leur enfant à se confronter à la norme. Parfois, les difficultés sont présentes. Parfois, la réussite est là. C'est ainsi que des parents ont pu dire à leur fille, lors de l'élaboration du projet personnalisé de scolarisation (PPS), qu'ils étaient "fiers d'elle". D'autres disent avoir observé un changement d'attitude chez leur enfant depuis la rentrée : "il a grandi, il se sent valorisé". Les intervenants du SESSD-APF (Service d'éducation et de soins spécialisés à domicile, Association des paralysés de France) de Douai (kinésithérapeutes, ergothérapeutes, orthophonistes, psychomotriciens, éducateurs) assurent pour ces jeunes les soins thérapeutiques, ainsi que les interventions éducatives au collège ou au domicile. Ils participent à l'intégration en apportant des explications sur les pathologies et en proposant des adaptations.

Préparer la vie future

L'accueil de ces nouveaux élèves a profondément fait évoluer les mentalités des personnels de l'établissement. Sans chercher à embellir la réalité, chacun s'efforce de les aider à vivre au mieux avec leur pathologie. Il existe une réelle volonté de tous, par un important travail de partenariat, de préparer les jeunes à leur vie future. La recherche du stage en classe de 4e permet déjà d'affiner leur choix en fonction de leurs intérêts et de leurs possibilités. Même si l'on reste conscient des réalités du marché de l'emploi et des barrières à franchir, tout est fait pour que ces élèves aillent le plus loin possible dans leur scolarité.

L'essentiel est surtout "qu'ils prennent tout ce qu'ils peuvent prendre", pour devenir des citoyens, acteurs de leur vie.



Au cours d'une séance de sport adapté, où les élèves valides et handicapés sont en fauteuil roulant, on a pu entendre : "Etre en fauteuil, c'est marrant un moment, mais j'aimerais pas y être tout le temps".

"Les élèves handicapés sont bien intégrés. On les traite comme des personnes valides. On les aide dans leurs difficultés. Quand on essaye de les connaître, on peut vite devenir amis avec eux."

"Je pense que c'est bien qu'il y ait des élèves handicapés dans notre collège car ils sont comme nous. Ils ont droit à l'éducation et ils ont droit à avoir des amis. Et le collège est bien conçu, il y a des rampes et on s'occupe bien d'eux. En fait, on est tous égaux."

"L'intégration des élèves handicapés au collège est une bonne chose, car ce sont des élèves comme nous tous. Ils n'ont rien de différent à part qu'ils sont assis dans un fauteuil roulant. Tous les jours, les refuser dans un établissement scolaire, c'est faire des différences, donc il faut penser à eux, et les accepter tels qu'ils sont."

"Je pense que les élèves handicapés sont bien intégrés dans cette école, car ils ont : leur propre classe selon leur âge et leurs capacités, des personnes qui s'occupent d'eux presque tout le temps à faire leurs devoirs et plein d'autres choses, des transports qui les amènent à l'école le matin et viennent les rechercher tous les soirs. Ils peuvent se faire plein d'amis facilement, car tout le monde les accepte. Ils sont prioritaires pour certaines choses, comme la cantine."

Témoignages d'élèves du collège Lamartine de Cambrai



S'intégrer quand on est autiste

Six garçons atteints d'autisme, âgés de 7 à 11 ans, fréquentent la classe d'intégration (Clis) de l'école Samain-Trulin de Lille. Les élèves forment un groupe très hétérogène, car les comportements ainsi que les niveaux scolaires diffèrent d'un enfant à l'autre.

Leur handicap se situant principalement au niveau de la gestion des informations arrivant de l'environnement et au niveau des interactions sociales, les élèves ont des difficultés à décoder les signes implicites ou explicites transmis par les attitudes que nous avons dans toute situation de communication, même la plus simple.

C'est pourquoi le "vivre ensemble" est un des objectifs principaux de cette classe, qui nécessite de nombreuses adaptations de l'environnement (structuration de l'espace, du temps, adaptation du matériel pédagogique, intervention de professionnels).

Intégration individuelle

Les intégrations individuelles sont définies dans les projets personnalisés de scolarisation, elles se font dans le groupe classe correspondant à l'âge de l'élève et dans ses domaines de réussite.

Ces intégrations sont rendues possibles par la présence de deux auxiliaires de vie scolaire, dont le rôle est d'accompagner les enfants vers l'autonomie (reformulation des consignes, aide dans l'organisation spatiale, la gestion du matériel, les relations avec les autres, la communication).

Le but est de faciliter la vie de l'enfant en classe tout en favorisant ses interactions avec les autres élèves, sans que cela n'entrave le bon fonctionnement de la classe, et en accord avec l'enseignant.

Intégration collective

Les intégrations collectives se font de manière régulière à différents moments de la semaine pendant les temps de chorale, de piscine et les séances de sport. Elles se font avec différentes classes de l'école, en fonction des objectifs visés. L'enseignante de la Clis accompagne les élèves lors de ces intégrations. Sa présence est indispensable pour la gestion des activités et le développement des échanges entre les élèves.

Les intégrations collectives ont lieu également de manière plus occasionnelle en fonction des projets partagés avec d'autres classes au cours de l'année. Par exemple, les élèves partagent avec le cycle 2 le projet "école et cinéma". Un projet de jardin pédagogique est prévu au cours de l'année avec les CE1. La préparation du carnaval se fera avec le cycle 3.

Récréations

Les temps de récréation sont une source d'angoisse pour les élèves de la Clis. Certains sont capables de répondre aux sollicitations des enfants des autres classes, mais aucun d'eux n'est à l'initiative de jeux à plusieurs. Le ballon est un moyen efficace de partager des moments avec d'autres, mais il faut d'abord apprendre à partager le matériel, et ce n'est pas chose facile !

Les enfants atteints d'autisme n'ont aucune idée de la manière dont on se fait des copains et sont souvent très maladroits dans l'approche de leurs camarades, lesquels sont souvent désemparés par leurs attitudes inattendues. La présence d'un adulte référent est indispensable pour répondre à toutes les questions des enfants, mais aussi pour aider les élèves dans leurs interactions sociales. En effet, il faut rester vigilant à tout instant, car certains élèves pourraient profiter de la vulnérabilité des enfants autistes.

Temps de midi

Les élèves de la Clis mangent avec ceux du cycle 3. Avant le repas, ils sont pris en charge par un auxiliaire de vie scolaire dans la BCD, pour un atelier informatique qu'ils partagent avec d'autres élèves de l'école. C'est un temps d'intégration supplémentaire, qui permet également d'attendre le passage au restaurant scolaire de manière sereine. Dans le restaurant scolaire, les élèves s'installent à la place de leur choix et sont donc complètement intégrés parmi les autres. Les difficultés rencontrées se situent au niveau de la gestion des goûts alimentaires, de l'attente, de certains bruits (couverts qui s'entrechoquent), que certains ont des difficultés à supporter.

Découverte mutuelle

La classe d'intégration est ouverte depuis quatre ans. Le bilan est positif, car cette classe permet à des enfants atteints d'autisme de bénéficier d'une scolarité la plus ordinaire possible et de vivre des moments collectifs avec des

enfants de leur classe.

De leur côté, les élèves de l'école sont également très attentifs à ceux de la Clis. Ils apprennent à accepter la différence et à respecter l'autre en tant que personne à part entière.

Cependant, ce bilan positif n'a pas été facile à atteindre et nécessite toujours une vigilance de chaque instant. En effet, le "vivre ensemble" demande des compétences qu'il faut travailler chaque jour afin d'améliorer l'adaptation des élèves aux multiples situations de communication rencontrées.

Les objectifs doivent être raisonnables et définis précisément dans le projet personnalisé de scolarisation de chaque enfant. De plus, ces objectifs ne peuvent être visés que grâce à la coopération de toute l'équipe éducative de l'école, qui doit s'adapter et adapter l'environnement afin de permettre l'accueil de ce groupe d'élèves très hétérogène.


Eric Guillez, IEN
Carine Fallouey, PE
Marie-Pierre Macquet, orthophoniste
Annie Mazy, CPE
Isabelle Gylbert, PE



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