BD Nord n°99

Mathilde Valin, juge des enfants


En collaboration avec les services sociaux et éducatifs, le juge des enfants prend les mesures nécessaires pour protéger et éduquer les mineurs, et juge les délinquants. Ce métier de prévention et d'arbitrage est souvent exercé par des femmes.

Au palais de justice de Lille, nous avons rencontré Mathilde Valin, juge des enfants, qui explique son engagement pour le vivre ensemble et la solidarité.



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Quel est le rôle du juge pour enfants ?

Le juge pour enfants remplit deux missions principales :

  • la protection des enfants et des adolescents en danger. Le juge intervient lorsque la santé, la sécurité ou la moralité d'un mineur sont en danger, ou si ses conditions d'éducation sont gravement compromises.
  • le jugement des mineurs délinquants, soit seul, en chambre du conseil, soit en formation collégiale, devant le tribunal pour enfants.

La justice pénale des mineurs a pour fonction en priorité d'éduquer plutôt que de sanctionner.

Comment décide-t-on de devenir juge des enfants ?

Pour ma part, ce n'était pas un projet ancien. Agrégée d'économie-gestion, j'ai été affectée à Yvetôt, en Seine-Maritime, dans le cadre de mon année d'IUFM, j'avais alors 23 ans. Ce métier de professeur, je l'ai trouvé très dur, et après quelques mois, j'ai eu envie de retourner à l'université. J'ai préparé le concours de l'école nationale de la magistrature, surtout avec l'idée de faire du droit. A l'époque, je me voyais surtout rédiger des jugements civils, en matière de responsabilité ou en droit du travail.

C'est lors de mon stage en juridiction que j'ai découvert le métier de juge des enfants, et que j'ai été véritablement passionnée.

Dans ce métier, s'il y a des vocations anciennes, il y a surtout ce que j'appelle des vocations surprises. Au cours du stage de formation en juridiction, on est saisi par l'intensité de ce qui se dit en audience, et aussi par ce qui nous est offert d'unique dans la fonction de juge : la possibilité de voir évoluer les personnes.

Quelle définition donneriez-vous du vivre ensemble ?

Vivre ensemble, c'est d'abord respecter des libertés importantes : liberté de conscience, liberté d'expression. C'est aussi s'efforcer de promouvoir des notions de partage, de solidarité et de justice. C'est réaliser à quel point nos actions ont des conséquences pour les autres. Que nous ne vivons pas seulement à côté des autres, mais avec les autres, et que nous nous devons d'être solidaires.

Tout juge des enfants qui évoque, avec un mineur, les infractions que celui-ci a commises, s'efforce toujours de rappeler cette notion et les fondements des interdits qui sont posés.

Quelle affaire vous a le plus marquée ?

Ce n'est pas une affaire, c'est un parcours. J'ai suivi pendant quatre ans un mineur.

Je le vois pour la première fois en septembre 2001. Il a 14 ans. Son casier judiciaire est déjà bien chargé. C'est un amateur de voitures. Il les vole, les conduit puis les brûle. Pendant plusieurs mois, l'équipe éducative le suit et monte différents projets. Tous échouent. Quelques jours après ses 16 ans, il est incarcéré, puis libéré, puis réincarcéré. L'équipe éducative évoque un nouveau projet, un séjour de rupture dans un centre éducatif renforcé. J'accepte. Je n'y crois pas une seconde.

Quelques semaines après le départ du jeune homme pour la Roumanie, je reçois un rapport : il est soupçonné d'avoir organisé un trafic d'alcool au sein du camp tzigane qui l'accueille et où il participe à un projet de construction d'une école. Les membres de l'équipe éducative mentionnent la disparition d'objets leur appartenant : duvets, lampes électriques, réchauds...

Après quelques jours, on découvre que le jeune homme a donné ces objets à des familles dont le sort l'a ému. Cet épisode le transforme. Transforme aussi notre regard sur lui. Je le découvre généreux, certes avec les biens des autres, mais néanmoins généreux.

Il se pose, accepte de s'interroger sur ses conduites, sur ses attitudes. Il parle de lui, de son impulsivité, de ses défaillances. Il arrête les actes de délinquance, peine à trouver une formation, mais, petit à petit, décroche des missions d'intérim, trouve un patron.

Lors de ma dernière audience, il me demande : "Comment on sait qu'on n'est plus un délinquant ?"

Quels conseils donneriez-vous à un juge des enfants débutant ?

Se donner le temps d'évaluer les situations. Travailler sur le long terme.

Et si c'était à refaire ?

Je referais les mêmes choix. Chacune de mes expériences heureuses ou moins heureuses a été importante pour moi. Ce travail, parfois difficile, est un travail que j'entreprends chaque matin avec une vraie envie. C'est une chance rare.

Les rapports avec l'Education nationale ?

C'est une évidence de dire qu'un juge des enfants ne peut travailler seul. Sans partenaire, sans service qui propose des solutions ou relaie nos orientations, nous ne pouvons rien construire. Le parquet des mineurs de Lille s'est engagé dans un travail de partenariat avec l'Education nationale.

En tant que juges des enfants, nous avons aussi tout un travail d'information et d'explication à faire à l'égard du milieu scolaire.


Jean-Robert Gagneuil
IEN



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