Mon voisin Totoro

Pistes pédagogiques

Voici deux entrées de travail en classe, différentes et complémentaires à partir du film du dispositif Ecole et cinéma : le film de Miyazaki se trouve facilement et peut permettre une exploitation filmique en classe, ce qui n'est pas le cas de tous les films du dispositif, qui ne sont pas toujours réédités dans le commerce.

C'est donc l'occasion de pouvoir pratiquer en classe une véritable analyse filmique avec le lecteur DVD ou le magnétoscope, et la télécommande. Ces objets permettent de travailler avec les élèves des notions constitutives du cinéma comme l'espace et de temps. Le time-code que l'on peut laisser afficher sur le téléviseur (indication du défilement du temps), permet de faire mesurer à l'élève la notion de durée d'un plan, d'une séquence.

Et c'est bien là, dans les différents arrêts sur image, que l'enseignant va pratiquer, et d'ailleurs faire pratiquer à l'élève, que l'on va pouvoir travailler sur l'effet « sidérant » de l'image animée, en la vivant de façon d'abord magique au cinéma, mais aussi en la déjouant, en la contrant par l'analyse en classe avec la matière filmique (cf. la sidération dont parle Philippe Meirieu). C'est le moment aussi de retourner aux émotions que l'enfant a éprouvées lors de la projection en salle, de partir de ces émotions et de montrer qu'elles sont générées par des techniques propres au cinéma.

  • Pratique d'analyse filmique sur les 30 premières minutes du film.
  • Pratique sur les objets périphériques du film à partir de documents papier : l'affiche, le générique, l'échelle des plans, etc.

Pistes de travail sur Mon voisin Totoro, cycle 2

Il est intéressant de partir de la distinction fantastique/merveilleux selon Todorov : le fantastique implique une hésitation du narrateur et du spectateur entre une explication rationnelle et une possibilité surnaturelle, alors que le merveilleux implique une immersion totale dans un autre monde accepté d'emblée par tous (narrateur, personnages, lecteurs-spectateurs).

Totoro commence dans un univers très réel et concret, celui d'une campagne japonaise, et par l'emménagement d'une famille. Petit à petit, des indices vont montrer la coexistence de deux mondes parallèles dans lesquels les personnages vont évoluer de façon tout à fait naturelle et dans une acceptation totale.

Dans Totoro, on a un système original où les personnages détenteurs d'une certaine rationalité (les adultes), d'une certaine conscience du réel, vont paradoxalement expliquer les choses extraordinaires par des représentations imaginaires : le père, la grand-mère, la mère, expliquent ces phénomènes extraordinaires par les légendes qui sont supposées appartenir au monde de l'enfance.

En fait, leur discours serait celui-ci : nous ne te disons pas que ça existe ou que ça n'existe pas, nous disons que c'est normal pour un enfant d'y croire. Ainsi, le père parle du maître de la forêt alors qu'il est anthropologue - donc scientifique -, la grand-mère, détentrice d'une certaine expérience de la vie, explique la réalité des noiraudes, parce que ce sont des choses que l'on ne perçoit que lorsque l'on est un enfant. Ceci est d'ailleurs confirmé par les propos de la mère à l'hôpital quand elle coiffe les cheveux de son aînée.

Et donc, là où l'on penserait être dans le genre fantastique (après avoir rencontré Totoro, Mei se réveille : rêve ou réalité ?), on se trouve finalement dans le merveilleux. Cela est confirmé par la scène de l'épi de maïs, à la fin du film, quand les parents attestent bien que c'est un cadeau de leur fille, alors que matériellement les filles ne pourraient se trouver là (amenées par le Chat-bus...).


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Objectif

On peut donc travailler, avec les enfants, l'arrivée progressive des phénomènes extraordinaires qui vont du mystérieux-inquiétant à un merveilleux complètement accepté et assumé par les personnages, en relevant les indices sur les 34 premières minutes du film, jusqu'à la rencontre avec Totoro, et montrer comment ce qui fait peur est désamorcé par le merveilleux.

La situation de départ est composée de deux informations narrative et visuelle qui vont sensibiliser le spectateur. Le premier élément important du film est que la nouvelle maison est une maison abandonnée, cela induit une situation d'attente particulière.

Le deuxième élément est ce très long plan sur l'arbre gigantesque, qui amorce l'importance de cet arbre et du végétal (à 6 mn environ du début du film). Ces deux éléments sont d'emblée mis en interaction par le regard des sœurs.


1)A la découverte de la maison

La découverte du 1er gland dans le séjour (plan long, marquant l'arrêt de la petite fille et sa surprise) est accompagnée d'une contre-plongée qui suit le regard de Mei regardant le plafond (pour souligner le rapport entre la petite taille de l'enfant et la grandeur de la pièce, métaphore de ce qu'implique la découverte de cette nouvelle maison pour cette petite fille et de ce qu'elle peut y trouver). Explication rationnelle donnée par le père : il y a des écureuils. Ceci dit, la maison n'est pas l'endroit naturel de cet animal.

L'exploration de la salle de bains donne lieu à l'apparition des noiraudes ; effet de masse et de fourmillement inquiétants que les fillettes conjurent en criant. Explication rationnelle du père, c'est un phénomène naturel quand les yeux passent de la lumière au noir.

Découverte du 2e gland dans la montée d'escaliers du grenier ; nouvelle contre-plongée qui suit le regard de Mei s'interrogeant sur ce qui peut se passer là-haut. 2e cri des fillettes pour conjurer leurs peurs, ce qui leur permet de continuer leur montée.

Découverte des noiraudes qui disparaissent, focalisation sur la fissure dans le mur et capture de l'une d'entre elles par Mei, restée seule et qui n'est pas du tout effrayée. Présentation de la noiraude capturée à la famille et disparition : effet de réel car les pieds et les mains sont couverts de suie, c'est tout ce qu'il reste de la noiraude, il est bien logique de se salir dans la poussière du grenier. Dialogue entre Mei la grand-mère (quand j'étais petite, moi aussi je voyais des noiraudes et je suis bien contente que vous les voyiez aussi) et le père (nous sommes dans un maison hantée, ce que redoublera la phrase du petit garçon).

Apparition de ce petit garçon bien mystérieux qui refuse tout contact direct avec les filles (en fait il est timide), et qui crie au loin, à l'extérieur de la maison : cette maison est hantée et dont on ne voit plus que la bouche béante pour en redoubler l'importance. Dans ce plan, seule sa bouche est en mouvement.


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2)La Scène de nuit

(à environ 17 mn 55 ) : quand la grande sœur ramasse du bois, le monde de la nuit devient inquiétant, apparition du vent, de grand vent et de tempête (travail sur les nuances de gris et de noir). La végétation environnante qui, vue de jour, est extrêmement détaillée, statique et aux nombreuses teintes de vert, devient de grosses masses sombres et en mouvement et semble menaçante. La grande sœur est intriguée mais pas vraiment inquiète. Travail sur la mise en mouvement des masses végétales, sur la représentation sonore et visuelle des différentes forces du vent.

3) La Découverte de Totoro

Vers la 26e minute du film, début de la séquence de la rencontre avec Totoro ; on remarque qu'il y a dans ce film une longue mise en place du merveilleux pour arriver à la première rencontre avec le personnage fabuleux (intéressant pour des enfants qui voient des films qui n'interrogent pas souvent les frontières réel/imaginaire). Cette séquence est-elle même très longue (une dizaine de minutes) :

  • Plan du père qui travaille à son bureau (1er plan), la porte-fenêtre est ouverte et permet de montrer (à l'arrière plan) Mei qui cueille des fleurs. Perspective intéressante des différents plans, notion de hors-champ.
  • Promenade de la petite fille qui va retrouver des glands (signe qui déclenche le fantastique). Voir le travail de focalisation de l'image quand elle se saisit du seau troué et qu'elle regarde ce qui l'entoure autrement (comme par un objectif). Point de vue et zoom avant sur le gland.
  • Passage du 1er Totoro blanc, travail sur la transparence et l'opacité du personnage suivant son apparition et sa disparition (travelling)
  • Arrivée du 2e Totoro, bleu cette fois et plus grand. Les deux personnages préparent la découverte du grand Totoro.
  • Découverte de l'arbre et chute de Mei sur le ventre du Totoro. Chacun des deux trouvent normale la présence de l'autre. En choisissant de nommer cette créature surprenante Totoro (déformation du mot japonais Toturu qui signifie fantôme), Mei se l'approprie définitivement comme merveilleuse. Intéressant de voir le plan où Mei est vue depuis la bouche de Totoro (point de vue).

Même si la grande sœur ensuite tentera une autre explication rationnelle sur ce qu'a vu Mei, «ah oui, Totoro, comme le personnage de la bande dessinée», Satsuki ne remettra pas en cause le fait que sa sœur ait vu ce personnage-là !


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Pistes de travail et techniques cinématographiques


1)Les mouvements de caméra :

  • la contre-plongée et les effets fantastiques (le plafond du séjour, l'escalier du grenier, le camphrier)
  • le travelling (quand Mei découvre le 1er Totoro)

2)Le cadrage : différentes échelles de plans

  • Plan d'ensemble ébauché du camphrier (vers 5.48 mn), contre-plongée qui permet de découvrir petit à petit le sommet de l'arbre
  • Profondeur de champ : 1er plan (plan du père à son bureau 26e mn) et arrière-plan (Mei cueille des fleurs dans le jardin). On peut poser sur le moniteur une feuille de papier et y repérer les tailles des personnages (calquer leur silhouette) : le père est grand et devant l'écran, Mei est petite et au fond de l'écran.
  • Champ et hors champ toujours dans la scène du père à son bureau, on voit Mei quitter le cadre par la gauche, elle disparaît et revient ensuite dans le champ de la caméra (26, 27e minutes). Intéressant pour les enfants, car on l'impression que Mei sort de l'écran. Belle illustration du champ et du hors champ.
  • Focalisation (découverte du monde par le seau, point de vue plan de Mei vue de la bouche de Totoro). On peut demander aux enfants de regarder un objet dans la classe en faisant un trou dans une feuille de papier et de s'en rapprocher. Zoom Longueur des plans

3)La couleur et le dessin :

La végétation qui entoure la maison de jour et la végétation de nuit donnent d'un même lieu la création de deux mondes différents (nombreux plans du jardin le jour/scène où Satsuki ramasse le bois). On peut, dans la confrontation de ces deux plans, montrer aux enfants le mouvement dans le cinéma d'animation japonais très ciblé, les effets obtenus entre le statique et le mis en mouvement (végétation de jour, immobile, détaillée, colorée, et végétation de nuit en masses sombres, en mouvement comme des vagues et la figuration du vent par les traits en diagonale).


4)La séquence :

En quoi elle constitue une unité narrative (rencontre avec Totoro), les différentes étapes du récit. On peut ici faire un travail de scénario miniature en faisant revoir aux enfants la scène de la découverte du Totoro (8 mn de la 26e mn à 34 mn 22 s), la leur faire raconter, dessiner en 5 dessins résumant la séquence...

Cinq étapes vont se dégager :

  • Situation initiale : Mei quitte le jardin
  • Elément perturbateur : découverte par le trou du seau des glands (indicateur du magique)
  • Actions : .apparition des petits Totoro
    • elle les suit jusqu'à l'arbre
    • grimpe à l'arbre d'où elle tombe (en voulant ramasser un gland qui étincelle)
  • Résolution : découvre le Totoro, joue avec lui et le nomme
  • Situation finale : Mei s'endort sur le ventre de Totoro

Ces pistes peuvent être complétées par un travail sur la matière sonore de ce premier tiers du film, (musique, bruitage, son off, dialogues, etc.), pour montrer aux élèves comment elle génère les effets de merveilleux.



Carole Morel
Coordonnatrice Ecole et cinéma
Lille, Octobre 2006



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