Langues vivantes



Langue & culture




La langue vivante est-elle aujourd'hui un instrument de communication ou reste-t-elle objet de culture ? A cette question, François Monnanteuil, doyen de l'Inspection générale des langues répond "Cette opposition est dépassée. Pour bien communiquer dans une langue, il faut en maîtriser les références culturelles."

S'il est désormais acquis qu'apprendre une langue vivante a pour but essentiel de communiquer, il faut garder à l'esprit que cela implique de comprendre et de s'exprimer dans des contextes culturellement marqués. La langue étrangère elle-même, à travers son lexique mais aussi sa syntaxe, reflète un autre découpage de la réalité, correspond à une façon différente de percevoir le monde.

La découverte d'une langue est indissociable de la découverte culturelle.

La dimension culturelle dans l'enseignement des langues avait presque totalement disparu avec l'avènement des méthodes audio-visuelles dans les années 1970-80. L'approche notionnelle-fonctionnelle basée sur ce qui est commun aux différentes langues a montré aussi ses limites dans le domaine culturel.

En effet, pour apprendre aux élèves à communiquer efficacement, enseigner la langue seule ne suffit pas. Comme le soulignait l'inspecteur général Bruno Halff "...on se condamnerait à ne traiter qu'une langue d'aéroport, une langue neutre, factice, un leurre...[...] Les mots ont une épaisseur. [...] Il est essentiel que les élèves prennent l'habitude de se confronter aux éléments de civilisation et de culture qui gisent derrière les mots, et qui souvent ont leur origine de façon très lointaine dans le patrimoine".

Il faut souvent une connaissance de l'histoire, de la géographie, de l'économie, de la politique, des arts, de la vie quotidienne pour comprendre cette "épaisseur" des mots.

Dans son ouvrage Enseigner l'anglais Kathleen Julié donne l'exemple de "Stars and Stripes" : "Comment savoir que cette expression désigne le drapeau américain si l'on ne connaît pas ce dernier et comment l'interpréter si l'on ne sait pas que les treize rayures représentent les treize états d'origine et les cinquante étoiles les cinquante états actuels."

Elle souligne également la nécessité de transmettre un savoir-faire pragmatique nécessaire pour éviter des erreurs qui risquent d'entraver la communication par méconnaissance des us et coutumes.

Si l'approche culturelle a pour objectif une meilleure communication avec les locuteurs des pays dont on apprend la langue, elle permet également une prise de conscience de l'altérité. Geneviève Zarate souligne l'importance de cet objectif. La découverte de réalités, de comportements différents, par comparaison "avec ce qui est vécu sur le mode de la familiarité et de l'évidence", par l'étonnement parfois provoqué, amène l'élève à "une relecture distanciée du quotidien".

Le Cadre européen commun de référence, cite, parmi les connaissances et les habiletés que les apprenants de langues doivent acquérir le " développement d'une compétence interculturelle ".

Cette dernière comprend, entre autres, "la capacité d'établir une relation entre la culture d'origine et la culture étrangère ", et celle " à aller au-delà de relations superficielles stéréotypées".


Les Instructions Officielles et les documents d'accompagnement des programmes

Les programmes de l'école élémentaire (BO hors série n°5 du 12-04-07 et BO hors série n°8 du 30-08-2007) visent l'acquisition par les élèves du niveau A1 du Cadre européen commun de référence pour les langues.

Les connaissances culturelles et socioculturelles sont au service de la compétence communicative et sont liées au vécu et aux intérêts des élèves. Elles permettent également de prendre conscience de l'altérité et de dépasser les stéréotypes. Les contenus culturels et lexicaux sont désormais présentés conjointement, ils concernent la personne, la vie quotidienne et l'environnement géographique et culturel.

Les documents d'accompagnement des programmes définissent avec plus de précisions ce qui relève du culturel et donnent quelques conseils de mise en oeuvre.

Au niveau linguistique, les onomatopées, les interjections, le lexique témoignent d'un découpage de la réalité, d'une vision du monde propre à chaque langue.

La connaissance des codes socioculturels, de la gestuelle est indispensable à une bonne communication. Les traditions, les habitudes du quotidien, l'expression artistique sous ses multiples formes peuvent être présentés aux élèves.

Il ne s'agit pas de dispenser un cours de civilisation : les faits culturels sont découverts en situation, en passant par l'action et en s'appuyant sur le concret. On privilégie les approches associant le dire et le faire, l'implication par tous les sens en donnant à voir, à entendre, à goûter, à toucher.

Les activités mises en oeuvre prennent appui sur des documents authentiques ou des situations vécues par les élèves, notamment lors de contacts pris avec des écoles à l'étranger ou avec des locuteurs natifs. L'utilisation des nouvelles technologies est encouragée.

Le coin langues, décoré avec l'aide des élèves, contribue à matérialiser dans la classe l'espace culturel exprimé par la langue. Il est le reflet de tous les faits culturels rencontrés.


La mise en œuvre

Une progression en spirale sur l'ensemble du cycle, où les éléments découverts sont réactivés, progressivement enrichis, affinés, permet aux élèves de mémoriser, de prendre des repères, de procéder à des mises en relation. A chaque fois que cela est possible, on établit un lien avec les autres disciplines (histoire, géographie, arts visuels ...). Afin d'éviter un "saupoudrage" de faits culturels sans liens les uns avec les autres, il est particulièrement intéressant d'intégrer les apports culturels aux apprentissages linguistiques dans le cadre de projets dont voici quelques exemples.

La correspondance unilingue ou bilingue peut être mise en place de façon traditionnelle ou grâce aux nouvelles technologies (e-mails, vidéocorrespondance, webcam, visioconférence). Les élèves sont amenés à comprendre une langue authentique et s'expriment en fonction de leurs possibilités et de leurs intérêts. Les correspondants peuvent comparer leurs modes de vie, usages et coutumes. L'expérience de la correspondance renforce la motivation pour communiquer, permet aux élèves de s'ouvrir aux autres, à un mode de vie différent, en comprenant et en acceptant les différences.

L'excursion dans le pays, si elle peut paraître banale, demeure un projet complet si on lui donne une dimension pédagogique où langue et culture sont imbriquées. La préparation du voyage donne du sens aux apprentissages, éveille la curiosité : par exemple, on va apprendre à compter dans la langue pour pouvoir utiliser la monnaie, découvrir les symboles sur les pièces de monnaie ou les billets et voir les liens qui existent avec la géographie ou l'histoire du pays. Une approche interdisciplinaire permet de mener un travail approfondi concernant divers aspects de l'excursion (le trajet, les horaires, les caractéristiques des moyens de transports...).

L'organisation d'un petit déjeuner, outre la découverte des habitudes alimentaires, permet d'intégrer en situation des fonctions langagières : exprimer la faim et la soif, formuler une demande polie et savoir remercier, exprimer ses goûts ou demander les siens à quelqu'un. Ce type de projet peut être mis en place dans le cadre de la semaine du goût.

La découverte d'un jeu ou d'une activité traditionnelle est particulièrement motivante pour les élèves. "Rounders" est un jeu pratiqué dans les écoles primaires anglaises (notre jeu de "thèque" s'en inspire). L'intérêt est double si le jeu est pratiqué en anglais avec l'aide ou non d'un assistant. Il peut s'insérer en EPS dans une progression de jeu collectif et permet d'organiser une rencontre amicale si l'on reçoit une classe anglaise.

En Allemagne, il existe un grand attrait pour la fabrication d'objets (Bastelarbeit) que l'on peut proposer à l'occasion des fêtes traditionnelles.


Le choix des supports

Sur le marché, on trouve de plus en plus de documents didactisés de qualité (vidéos, fichiers photocopiables...). Pour ceux qui font le choix de travailler avec une méthode, il en existe désormais qui associent apprentissage linguistique et culturel. (voir rubrique "ressources pédagogiques")

Les textes officiels préconisent l'utilisation de documents authentiques.

Les chansons, les comptines, les contes, les albums permettent d'associer aisément aspects culturels et apprentissage de la langue.

Voici quelques pistes pour se procurer des documents qui viendront marquer culturellement les apprentissages fonctionnels et ouvrir la classe au monde extérieur.

Lors d'un voyage dans le pays, il faut prendre des photos ou filmer, non seulement les monuments visités mais aussi des petites scènes typiques de l'environnement.

Par exemple, au cours d'un voyage en Angleterre, on photographiera la vitrine d'une boulangerie, le marchand de glace, des écoliers et la " lollipop lady " ou les " Belisha beacons " des passages piétons.

Les écoles allemandes sont des lieux d'où émanent l'esprit éducatif d'Outre-Rhin (méthodes pédagogiques Montessori & Peter Petersen) : on peut photographier ce qui se trouve sur la table d'un écolier : trousse multifonctions (Schüleretui), " doudou ", boîte avec collation (Brotbox)), le cartable des élèves (Schultasche, Schulrucksack, Schulranze), les sièges ergonomiques dont de gros ballons.

Si les enseignants organisent une pré-visite, ils disposeront de plus de temps pour explorer les différents lieux. En Angleterre, les magasins "ELC" (Early Learning Centre) valent le détour (albums, posters, monnaie en plastique ...) ainsi que les carteries (cartes postales pour la "St Georges" ou pour "Easter", badges d'anniversaire, "Party Poppers", calendriers etc ...). Il est notamment possible de ramener des prospectus que l'on trouve facilement dans les magasins Aldi, Lidl en Allemagne.

Il faut également solliciter les assistants étrangers, de plus en plus nombreux dans nos écoles. Ils sont les mieux placés pour "dénicher" et ramener de précieux documents. Ils peuvent aussi participer à la mise en place d'une correspondance avec une classe à l'étranger, autre moyen privilégié pour découvrir un pays.

Le recours à Internet est maintenant indispensable dans l'ELV. On peut s'y procurer une multitude de documents : cartes météo, documents sur les fêtes, sur la géographie, comptines avec fichiers son...

Certains sites, tels celui de Woodlands Junior School, présentent une mine d'informations sur la vie quotidienne et recèlent des documents utilisables avec les élèves (menus de la cantine, emploi du temps...) (voir rubrique "sitographie").

Il est possible d'emprunter des documents (méthodes, fichiers photocopiables, vidéos) dans les fonds de ressources de bassins en contactant les animateurs et conseillers pédagogiques langues vivantes.

Les habilités peuvent mutualiser leurs ressources en mettant en place une rotation des documents sur un même secteur.


Didier Charlet, Véronique Lemoine, Marylène Montagne
CPLV



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